Un effort truffé de slogans…

Un effort truffé de slogans…
Les soldats de la paix des Nations Unies ont d’abord été envoyés au Mali en 2013 pour répondre à la guerre civile.NationalTurk

C’est évidemment très bien que le Canada commence enfin à respecter ses engagements au titre des missions globalement intitulées « de paix » des Nations Unies — à supposer qu’on connaisse bientôt la date du déploiement. On ne parle évidemment pas de « maintien de la paix » car il serait difficile de soutenir dans la plus belle flambée d’optimisme

C’est évidemment très bien que le Canada commence enfin à respecter ses engagements au titre des missions globalement intitulées « de paix » des Nations Unies — à supposer qu’on connaisse bientôt la date du déploiement. On ne parle évidemment pas de « maintien de la paix » car il serait difficile de soutenir dans la plus belle flambée d’optimisme délirant qu’il existe une paix à maintenir au Mali. Bien au contraire on pourrait découper la tension à la hache dans certains secteurs tellement elle est intense. Il n’est pas question ici de jeux de mots mais bien de s’en remettre à Voltaire qui disait que si l’on voulait converser avec lui, il fallait commencer par définir les termes de la conversation.

En effet, de quoi parle-t-on ? L’annonce du gouvernement parle du « retour du Canada au maintien de la paix » ou plus simplement « aux opérations de paix ». Mais toute action expéditionnaire n’est pas nécessairement/génériquement « maintien de la paix » — le mot anglais correspondant — « peacekeeping » est encore plus générique dans la bouche de nos dirigeants. Est-ce pour donner l’impression que nous sommes vraiment « de retour » ou avons-nous peur de ne pas être pris au sérieux si on ne parle pas de « peacekeeping » ?  Ce disant, on oublie d’inclure un élément essentiel de toute mission de paix, particulièrement dans le bourbier du Mali.

En fait, pour nos amis et amies en uniforme, une distinction s’impose dans la définition de la mission qui en est une de protection. De fait, dans les contextes expéditionnaires actuels, comme le dit si bien le général MacKenzie, « il ne pourrait être question d’envoyer nos gens dans n’importe quelle mission sans qu’ils soient accompagnés de nos propres soldats en nombre suffisant pour les protéger, y compris des troupes de protection pour nos hélicoptères au cas où ils se feraient descendre» (communication personnelle). Et il ajoutait que ce n’était pas une mitrailleuse tirant par la porte ouverte d’un hélicoptère Griffin qui assurerait cette protection de façon efficace. Notre engagement au Mali en est un de protection dans la même ligne que la dangereuse opération d’UNPROFOR en Bosnie. Encore faut-il savoir qui protège-t-on ! Pas la population locale mais bien les forces de l’ONU ! Les populations locales s’en rendront compte rapidement…

Cela explique d’ailleurs la taille réduite des effectifs que nous y mettons avec l’avantage d’être basé à l’extérieur du théâtre des opérations — à Entebbe, de longue mémoire comme le confirme la sortie du film rappelant la libération des otages par un commando israélien en 1976. Il est bon d’appeler un chat un chat. Comme le rappelle un autre haut gradé canadien à la retraite, ce dont on parle, c’est une mission humanitaire susceptible de donner lieu à une confrontation militaire mais dont le but est de permettre à une plus vaste mission humanitaire de réussir.

Mais il n’y a pas de mal à cela, si ce n’est que comparativement à l’annonce tonitruante du retour du Canada, de l’engouement renouvelé pour les opérations de paix, de l’annonce de 600 « casques bleus », ce que nous allons faire n’est pas considérable, même si la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland la met en exergue comme étant le clou, le pinacle des capacités canadiennes… Dans de telles conditions, le risque lié à la tentative de parité des genres est moindre qu’une opération sur le terrain. Ce n’est pas manquer de cœur que de déplorer l’accent mis sans cesse par le gouvernement sur la minimisation des risques. Premièrement, toute personne, homme ou femme, se joignant aux forces armées canadiennes sait qu’en bout de ligne sa vie peut être en danger. C’est une condition d’emploi.  N’oublions pas que nous n’avons pas de service militaire obligatoire (même si cela pourrait être utile pour nos jeunes et surtout pour créer un lien plus indéfectible entre  nos militaires et la nation  qu’ils défendent). Mais deuxièmement, plus l’accent est mis sur cette dimension plus on a l’impression non pas que le gouvernement s’inquiète du danger couru par nos militaires mais bien plus des retombées politiques, advenant des pertes pendant la mission.

Le message du général MacKenzie est plus pertinent que jamais.

 

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