Une ingérence inacceptable dans nos affaires

Une ingérence inacceptable dans nos affaires
Taipei est toujours situé à Taiwan, même si le gouvernement chinois aimerait que les voyageurs d’Air Canada en croient autrement.peellden

Jusqu’à tout récemment, les clients d’Air Canada pouvaient choisir de se rendre à Taipei, TW, c’est-à-dire, Taipei, Taiwan. Or, depuis la dernière semaine, la société Air Canada a opéré un changement subtil, annonçant sur son site la destination de Taipei, CN, soit Taipei, Chine.  Pourquoi ce changement ? Air Canada a justifié sa décision en invoquant

Jusqu’à tout récemment, les clients d’Air Canada pouvaient choisir de se rendre à Taipei, TW, c’est-à-dire, Taipei, Taiwan. Or, depuis la dernière semaine, la société Air Canada a opéré un changement subtil, annonçant sur son site la destination de Taipei, CN, soit Taipei, Chine.  Pourquoi ce changement ? Air Canada a justifié sa décision en invoquant une demande des autorités de l’aviation civile chinoise, selon laquelle pour pouvoir opérer en Chine, les sociétés aériennes doivent respecter les lois chinoises. Or, les lois chinoises ne reconnaissent pas la réalité de Taiwan, qui est un état souverain, et s’imaginent qu’à force de proclamer que l’île fait partie de ce pays, le reste de la planète devrait le croire. À en juger par le précédent de la Mer de Chine méridionale, où la Chine impose ses volontés au mépris du droit de la mer, il y a de quoi s’inquiéter.

Le changement imposé à Air Canada a aussi été exigé d’autres firmes aériennes et de chaînes d’hôtels, qui se sont vues intimées l’ordre d’obtempérer si elles veulent continuer d’opérer en Chine.  Ces récentes demandes annoncent-elles un changement de stratégie des autorités chinoises, par laquelle les autorités politiques enrôlent le secteur privé afin de faire avancer leur cause ? L’action imposée à Air Canada constitue en l’occurrence une ingérence politique chinoise dans les affaires d’une firme canadienne. Il y a toujours possibilité de s’y opposer : la semaine dernière, par exemple, les firmes aériennes américaines ont fait front commun et ont résolument décidées de ne pas donner suite à cette demande. Aux dernières nouvelles, elles continuent d’opérer en Chine. La demande des autorités de l’aviation civile chinoise à Air Canada n’équivaut à rien de moins que du chantage. C’est aussi une demande déraisonnable et de nature surréaliste : Taipei est encore à ce jour la capitale de l’état souverain qu’est Taiwan, et n’est pas sous le contrôle de la Chine, quoi qu’en disent ses dirigeants. Mais là est le problème, qui dépasse de loin le sort d’une entreprise.

Pour beaucoup de personnes qui ne sont pas familières avec les relations compliquées entre la Chine et Taiwan, ces questions de reconnaissance peuvent sembler obscures et inconséquentes. Il n’en est rien : c’est sinistre et de très mauvais augure. Les autorités chinoises souhaitent faire avaler la couleuvre que Taiwan est déjà sous son contrôle, et que toute manifestation concrète de son indépendance de facto, telles les élections démocratiques qui s’y déroulent de façon régulière, représentent des actions séditieuses, en vertu des dispositions de la « Loi antisécession » adoptée par l’Assemblée nationale populaire en 2005. Une intervention militaire contre Taïwan, selon la logique chinoise, ne serait pas un acte d’agression contre la communauté internationale, mais une affaire de politique intérieure. Le Canada et beaucoup d’autres membres de la communauté internationale ont pratiqué depuis plus de trois décennies une politique ambigüe de prendre note de cette position de la Chine, sans l’approuver. En vertu de cette ambiguïté, Ottawa pouvait maintenir des relations informelles avec Taipei tout en ayant des relations officielles avec Beijing.

L’hypocrisie des autorités de l’aviation civile est époustouflante : quiconque a voyagé dans les aéroports chinois n’aura pas manqué de noter que les vols à destination de Hong Kong, Macao et Taiwan ne sont pas considérés comme des vols domestiques. En d’autres termes, les autorités de l’aviation civile en Chine adoptent une politique pragmatique qui contraste avec l’approche plus intransigeante qu’elle veut imposer aux lignes aériennes internationales. La société Air Canada n’a pas à craindre d’être exclu du marché chinois si elle décidait de faire marche arrière et d’indiquer sur son site la destination de Taipei, Taiwan : d’autres membres du réseau Star Alliance ont refusé d’accéder à la demande des autorités chinoises. Il importe que les autorités chinoises réalisent que leur vision tronquée de la réalité est pure fantaisie.

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