
Date: 20 mars 2026 - 11h00 à 13h00
Lieu: FSS 4004, 120 Université Privé, Université d\'Ottawa
Inscription (appréciée mais non obligatoire) : Google Forms
Présenté par le CÉPI
Au moment du dépassement de la modernité, depuis les années 1980, la chute du Mur de Berlin et, encore davantage, depuis la crise financière mondiale de 2008, nombreux sont ceux qui constatent la résurgence du populisme, tant de droite que de gauche. Pour décrire notre époque et diagnostiquer les causes des multiples crises qui assaillent les démocraties libérales, on cite le déracinement, la dépolitisation, le déclassement, le désenchantement, mais aussi des promesses brisées et une fragmentation généralisée. Mettant de côté la vision du populisme comme une simple anomalie ou une menace autoritaire, le panel propose d’examiner différents phénomènes populistes – en Europe centrale et orientale, en Europe occidentale, ainsi que le « nouveau populisme » communaliste de Murray Bookchin aux États-Unis – dans une perspective de longue durée. Face aux mutations postmodernes, les différentes revendications et utopies de ces populismes constituent-elles une nostalgie du passé ou l’annonce de formes futures de démocratie ? Quelles sont leurs logiques et comment s’inscrivent-elles dans le processus historique ?
Cet événement se déroulera en français. Le déjeuner sera fourni.
Interventions :
Eric Martin – Le populisme de gauche, théorisé par Chantal Mouffe, cherche à fédérer différents fragments du peuple et des mouvements sociaux en un nouveau front contre-hégémonique susceptible de contrer aussi bien la globalisation capitaliste/néolibérale que la fausse alternative du populisme de droite, et cela en agglutinant les résistances politiques autour de significations capables de rejoindre les préoccupations, insécurités et affects d’une population. Ce modèle préconise cependant une action « réformiste-radicale » au sein des institutions existantes. Nous envisagerons plutôt, avec Murray Bookchin, la possibilité de penser un populisme non hiérarchique et non étatiste sous la forme du communalisme et du confédéralisme, en confrontant cette idée à la pensée de Michel Freitag.
Roman Krakovsky – L’attraction du populisme en Europe centrale relève d’une rationalité historique de longue durée. Depuis l’avènement de la modernité, cette région a souvent subi des politiques impériales extractives, la cantonnant au rôle de périphérie de l’Occident. En mobilisant la sociologie politique, l’intervention analysera l’illibéralisme contemporain comme la tentative de sociétés dépossédées de leur agentivité de renverser cette asymétrie structurelle pour redevenir un acteur de leur propre destin. Face à une mondialisation perçue comme un impérialisme renouvelé, la logique populiste vise à restaurer cette agentivité confisquée. Par cette quête souverainiste, ces marges cherchent à redéfinir les rapports de force pour réintégrer l’histoire selon leurs propres termes.
Stéphane Vibert – En complément et en concurrence avec le fondement libéral et procédural de l’État de droit et de l’équilibre des pouvoirs, le « populisme » renvoie au principe de légitimité visant à l’auto-détermination historique d’un corps unifié (le « peuple souverain »). Or, le « national-populisme » se manifeste précisément comme courant politique au moment même où ce « peuple » s’efface comme référence imaginaire et symbolique de la modernité politique, au profit des régulations postmodernes que sont l’économie et le droit, plus à même de soutenir l’idéologie individualiste dans son émancipation de tout cadre collectif normatif.
Conférenciers :
Eric Martin (Ph.D.) est professeur de philosophie au Cégep St-Jean-sur-Richelieu et co-coordonnateur du Collectif Société. Il a participé à l’ouvrage Les populismes d’hier à aujourd’hui. Les ambiguïtés d’une parole attribuée au peuple, sous la direction de France Giroux et André Mineau, JFD Éditions, 2021 ainsi qu’au livre Avant d’en arriver là : Essai choral sur le péril fasciste (Écosociété, 2026).
Roman Krakovsky est professeur agrégé d’histoire à l’Université d’Ottawa et titulaire de la Chaire en études slovaques et centre-européennes. Ses recherches, au carrefour de l’histoire et de la sociologie politique, examinent les processus de modernisation, la cohésion sociale et la genèse des populismes en Europe centrale dans la longue durée.
Stéphane Vibert est professeur titulaire à l’École d’études sociologiques et anthropologiques de l’Université d’Ottawa. Docteur en anthropologie sociale de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (Paris), diplômé en sciences politiques et en sociologie comparative, ses recherches portent sur la notion de « communauté » et les diverses identités collectives modernes.
Introduction:
Anna Bogic, PhD, est associée de recherche au CÉPI et a mené des recherches sur l’ethno-nationalisme, le post-socialisme en Europe de l’est, et les droits reproductifs des femmes. Son projet actuel porte sur les politiques populistes gauche/droite et les lois sur l’avortement.
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