
Date: 2 décembre 2026 - 11h30 à 13h30
Lieu: VNR 1050, 136 Jean-Jacques-Lussier Private, Ottawa
Présenté par le CÉPI, le Réseau de recherche en économie politique internationale (RÉPI) et le Centre d’études en gouvernance
Cette conférence vise à proposer un regard critique sur la détention au sein de l’Union européenne (UE). Nous soutenons que la détention est devenue une stratégie centrale – bien que fragmentée et régie de manière inégale – de la gestion de l’asile par l’UE, structurée autour d’un éventail de lieux juridiquement distincts mais étroitement liés. En nous appuyant sur une analyse des politiques et des entretiens semi-structurés menés au sein de l’UE, nous identifions trois formes de détention interdépendantes : l’externalisation des frontières et la dissuasion ; la détention à des fins de tri ; et la détention en tant que condition d’acceptation des réfugiés. Sur le plan conceptuel, nous théorisons la gouvernance de la détention comme un spectre de privation de liberté financé par l’État, opérant à plusieurs niveaux d’autorité de l’UE, façonné par des instruments financiers, carcéraux et profondément politiques qui s’imbriquent les uns dans les autres. Nous montrons comment divers lieux de détention sont reliés par des logiques de gouvernance communes qui concilient les tensions entre libéraux et conservateurs autour de l’aide humanitaire et des questions de stabilité et de souveraineté. Cette approche met en évidence la priorité accordée aux dépenses publiques consacrées à la détention, au contrôle des frontières et au confinement des migrants, et ce malgré les préoccupations plus générales liées à l’austérité et aux dépenses sociales. L’examen de ce spectre révèle les logiques carcérales qui régissent la vie des migrants, depuis les frontières extérieures de l’UE jusqu’aux principaux sites d’accueil de réfugiés tels que Berlin. À travers cette analyse, la gouvernance de la détention apparaît comme une expression multiforme de la privation de liberté financée par l’État tout au long du parcours migratoire — une stratégie de gouvernance des réfugiés activement poursuivie et de plus en plus formalisée dans l’ensemble des juridictions de l’UE depuis 2015.
Conférenciers :
Susanne Soederberg est professeure au département d’études sur le développement mondial ; elle est également rattachée au département de sciences politiques et au département de sociologie. Mme Soederberg a obtenu son doctorat à l’université Johann-Wolfgang Goethe de Francfort, en Allemagne. Avant sa nomination à l’université Queen’s en 2004, Mme Soederberg occupait un poste menant à la titularisation au département de sciences politiques de l’université de l’Alberta. La Dre Soederberg s’est vu décerner la prestigieuse chaire de professeur invité Jane et Aatos Erkko en études de la société contemporaine (2015-2016) au Collegium d’études avancées d’Helsinki, où elle mène des recherches sur les liens entre le logement social, la finance et la reproduction sociale à Berlin et à Dublin.
Ali Bhagat est maître de conférences au département de sciences politiques et au Wilson College of Leadership and Civic Engagement de l’université McMaster. Spécialiste de l’économie politique internationale, il s’intéresse plus particulièrement aux politiques migratoires et d’accueil des réfugiés. Il est également l’auteur de l’ouvrage intitulé Governing the Displaced: Race and Ambivalence in Global Capitalism (Cornell Press, 2024).
Présidente :
Sarah E. Sharmaest une économiste politique internationale qui étudie la manière dont nous gérons les grands défis environnementaux mondiaux, ainsi que les forces sociales, politiques et économiques qui influencent les résultats des politiques environnementales. Ses travaux ont été publiés dans diverses revues universitaires et médias, notamment la Review of International Political Economy, International Affairs, New Political Economy, Urban Geography, Policy Options et The Conversation, entre autres. Elle est actuellement codirectrice du volet « Fédéralisme et gouvernance à plusieurs niveaux » au Centre d’études en gouvernance (CEG). Auparavant, elle a été codirectrice du Réseau d’analyse stratégique (RAS), un réseau de recherche canadien, et présidente du réseau Women & Inclusivity in Sustainable Energy Research (WISER).
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