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Par Scott Simon
Document de travail du CÉPI, mars 2023
- La stratégie indo-pacifique du Canada (SIP) élargit l’engagement du Canada à une vaste coalition de démocraties que le Premier ministre japonais Abe Shinzō avait proposé pour la première fois au Parlement indien 15 ans auparavant. La pensée écologique, qu’Abe a présentée comme une affinité culturelle entre l’Inde et le Japon, est utile pour comprendre l’Indo-Pacifique et tous les partenaires qui sont liés par les eaux des océans Indien et Pacifique. Il est important de commencer toute réflexion sur l’Indo-Pacifique en comprenant qu’il s’agit d’une région maritime qui nourrit des vies humaines et non humaines, qui seraient toutes affectées négativement par un conflit militaire.
- Formose, une île verdoyante de montagnes boisées dans les eaux azurées près d’Okinawa, se trouve près du centre géographique de l’Indo-Pacifique. Connue aujourd’hui sous le nom de Taïwan, cette société de 23,5 millions d’habitants est le pivot de la sécurité régionale et doit donc être prise en compte dans la politique de défense et la politique étrangère. Le principal défi réside dans le fait que la Chine a pour objectif ferme d’annexer Taïwan, partant du principe que le contrôle de la première chaîne d’îles est nécessaire pour obtenir un accès sans entrave à l’océan Pacifique. La Chine a clairement indiqué, par des décennies de lois et de déclarations publiques, qu’elle n’était pas disposée à renoncer à l’utilisation de la force militaire pour s’emparer de Taïwan. Une perspective écologique signifie qu’il faut tenir compte non seulement de la concurrence géopolitique entre les États, mais aussi de l’impact des actions des États sur les peuples autochtones et sur toutes les autres formes de vie.
- Les exercices militaires de la Chine dans les airs et dans les eaux autour de Taïwan, entrepris six mois seulement après que la Chine et la Russie ont forgé un partenariat « sans limites » et que la Russie a envahi l’Ukraine, ont envoyé un message brutal au monde : les menaces militaires proférées par des régimes autoritaires doivent être prises sérieusement. L’IPS du Canada fait partie de la réaction internationale à ces menaces. Un conflit dans l’Indo-Pacifique détruirait des vies, tout en drainant des ressources nécessaires pour faire face aux problèmes existentiels que sont le réchauffement climatique et la perte de biodiversité. Comment le monde peut-il passer de la menace de guerre à la collaboration sur ces questions plus urgentes ? Comment la stratégie indo-pacifique du Canada peut-elle contribuer à cet objectif ? Pour répondre à ces questions, nous devons comprendre les menaces de la Chine dans la région et la réponse du Canada dans le cadre de la stratégie indo-pacifique, d’abord en termes d’interaction humaine, puis en termes d’enchevêtrement de l’homme avec d’autres formes de vie.
Scott Simon, titulaire d’un doctorat attribué par l’Université McGill en 1998, est un socio-anthropologue formé dans les deux disciplines (anthropologie et sociologie). Il est professeur et directeur adjoint de l’École d’études sociologiques et anthropologiques de l’Université d’Ottawa, ainsi que chercheur au Centre de recherche et d’enseignement sur les droits de l’homme et au Centre d’études de politique internationale. Co-président d’études taïwanaises à l’Université d’Ottawa, il a vécu à Taïwan pendant dix ans et y est retourné chaque année pour des recherches sur le terrain jusqu’à la pandémie de COVID-19. Il a également effectué des recherches sur le terrain au Japon et à Guam. Ses recherches portent sur les droits des autochtones, le développement, l’anthropologie politique et le statut international de Taïwan. Il a écrit quatre livres et de nombreux articles sur Taïwan. Il a également publié plusieurs documents politiques sur Taïwan pour des groupes de réflexion canadiens et internationaux. Cette année, il retournera à Taïwan pour terminer ses recherches financées par le CRSH sur « Austronesian Worlds : Human-Animal Entanglements in the Pacific Anthropocene » (Mondes austronésiens : liens entre l’homme et l’animal dans l’anthropocène du Pacifique). Il développe une approche socio-anthropologique des relations internationales.