Vue d’ensemble du projet

  • Examiner le rôle croissant des services de sécurité privés exploitant leurs activités à l’intérieur des pays et au-delà des frontières.

Chefs

  • Michael C. Williams, École supérieure d’affaires publiques et internationales, Université d’Ottawa
  • Rita Abrahamsen, École de développement international et mondialisation, Université d’Ottawa

Détails du projet

  • L’un des développements les plus frappants de la dernière décennie a été l’expansion massive et la mondialisation du secteur de la sécurité privée. À l’échelle planétaire, le marché des services de sécurité privée est évalué à 85 milliards $ US et affiche un taux de croissance annuelle de 6 à 8 p. 100. À ce jour, toutefois, la privatisation et la mondialisation de plus en plus marquées de la sécurité sont largement passées sous silence dans l’étude des politiques internationales, et même si une attention scientifique considérable ait été portée au rôle des mercenaires et des compagnies militaires privées, l’impact de la privatisation des services de sécurité au quotidien a beaucoup moins fait l’objet d’analyses empiriques et théoriques. Situant ces développements dans le contexte de la mondialisation et de la modernité tardive, ce projet examine les relations en mutation entre les acteurs mondiaux et locaux, les pouvoirs publics et privés et les structures émergentes en gouvernance de la sécurité.
  • Le processus parallèle de privatisation et de mondialisation est d’une importance particulière dans les pays en voie de développement, où la réticence et (ou) l’inaptitude de l’État à assurer la sécurité sont depuis longtemps des sources de préoccupation. Ce projet passe en revue l’incidence de la privatisation de la sécurité dans la région subsaharienne de l’Afrique. Comment la légitimité et la stabilité des États affaiblis sont-elles affectées lorsque le bien public essentiel qu’est la sécurité est dispensé par des acteurs privés, parfois transnationaux, plutôt que par l’État? Qui est protégé, ou compromis, par ces développements? Qu’est-ce qui motive ce processus de privatisation et de mondialisation, et promet-il une sécurité ou une insécurité accrue en Afrique subsaharienne?Grâce à un examen approfondi du secteur de la sécurité privée et de sa participation dans quatre pays africains (le Kenya, le Nigeria, la Sierra Leone et l’Afrique du Sud), ce projet évalue les ramifications de politiques et de protection de la sécurité privée pour les pays en voie de développement et pour l’élaboration de politiques dans les États développés.
  • Bien que la privatisation de la sécurité soit pilotée principalement par des impératifs commerciaux, son impact est souvent hautement politique et ses ramifications en matière de développement, de pouvoirs étatiques et de stabilité sociale varient entre les pays où l’État est soit réticente et (ou) inapte à assurer la sécurité et ceux où l’État est plus vigoureux et plus en mesure de s’acquitter des fonctions de sécurité. Dans le deuxième cas, le secteur privé agit souvent d’allié de la sécurité étatique, renforçant ses pouvoirs. Dans les États affaiblis, par opposition, le rôle croissant de la sécurité privée pourrait miner davantage l’autorité de l’État, puisque les fonctions de sécurité clés sont assurées par le privé et les citoyens n’identifient plus l’État comme le principal garant de la protection. En ce sens, l’émergence d’un marché des services de sécurité pourrait avoir un impact sur la légitimité de l’État. La sécurité privée pourrait également influer sur la cohésion sociale. Lorsque la sécurité est un bien de consommation, accessible seulement à ceux qui peuvent se le payer, elle pourrait mener à une situation où des pans de la société – que ce soit des individus, des collectivités ou des entreprises – existent en grande partie séparément de l’État et des conditions de protection de la société en général. Inversement, il est possible que la disponibilité de la sécurité privée puisse faciliter une meilleure concentration et efficacité des ressources publiques, contribuant du même coup à améliorer la fourniture globale de services de protection.

Principales visées de recherche et ramifications stratégiques

  1. La recherche contribue à l’élaboration d’un cadre théorique permettant de comprendre le rôle de la sécurité privée dans la modernité tardive et les structures émergentes en gouvernance mondiale. En élargissant le programme des études sur la sécurité pour inclure les acteurs locaux et transnationaux de l’univers de la sécurité privée et leur rapport aux États et aux sociétés civiles, l’étude augmentera les connaissances sur la manière dont l’ordre, l’autorité et la sécurité sont de plus en plus influencés par des acteurs autres que l’État souverain. Ainsi, le projet contribue à l’analyse de la gouvernance mondiale, de la dynamique évolutive de la sécurité du tiers-monde au niveau des États, des sociétés et des individus, ainsi qu’à la compréhension du lien entre le développement et la sécurité.
  2. La recherche évalue l’impact social, politique et de protection que la sécurité privée a dans les pays en voie de développement en examinant quatre cas spécifiques : l’Afrique du Sud, le Nigeria, le Kenya et la Sierra Leone.Le projet fournit une évaluation complète de la sécurité privée, de son rôle et de sa contribution dans ces quatre pays.
  3. À ce jour, les questions stratégiques suivantes ont émergé comme particulièrement déterminantes pour le processus de développement :
    • La relation entre le secteur de la sécurité privée et les programmes continus de réforme du système de sécurité (RSS). Tandis que la RSS a tendance à cibler les forces de sécurité publique, la sécurité privée sous diverses formes est souvent responsable des besoins de protection quotidiens d’un large segment de la population. Le rôle clé de la sécurité privée est fréquemment omis des programmes de RSS, et il est crucial que cet aspect soit intégré à une analyse élargie de la fourniture de services de sécurité et de la réforme dans les pays en voie de développement.
    • La présence ou l’absence d’un cadre législatif approprié pour faire de la sécurité privée un élément positif de la prestation globale de services de protection et de développement. Un secteur de la sécurité privée non réglementé et non surveillé se traduit souvent par une protection inadéquate, une insécurité accrue et l’exploitation de la main-d’oeuvre.
    • La relation entre la police publique et le secteur de la sécurité privée. Une collaboration ou un « partenariat » efficace et réglementé entre les acteurs de la sécurité publique et privée peut améliorer la prestation globale de la protection, faisant du secteur privé un « multiplicateur de force ». Inversement, l’absence de coopération officialisée peut mener à une sécurité inadéquate et à l’utilisation des ressources publiques à des fins de protection privée.
    • L’impact de la sécurité privée sur la stratification, la fragmentation et l’inégalité sociales. La sécurité privée est accessible aux clients qui peuvent en payer la note, et non au grand public, et afin de prévenir une inégalité accentuée et une fragmentation sociale, la sécurité privée doit être intégrée à une évaluation générale des ressources disponibles et du savoir-faire en protection d’un pays.

Partenaire financier

  • Programme sur les nouveaux défis de sécurité du Conseil de recherches économiques et sociales du R.‑U.

Résultat