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Par Wesley Wark
Un document de travail du CÉPI, juin 2016
- Un vendredi du début du mois de juin 2013, la fuite d’un document hautement confidentiel des services de renseignement américains concernant un programme de surveillance appelé PRISM, qui mettait sur écoute les serveurs de grandes entreprises américaines de l’internet telles qu’Apple et Google, a fait la une du journal britannique The Guardian. Ce fut le début d’une saga sans précédent qui a ébranlé la politique américaine et la communauté du renseignement des États-Unis, et qui a eu des répercussions sur de nombreux autres pays dans le monde, y compris le Canada, parce qu’elle touchait à la question sensible de l’interception des communications mondiales et nationales. La source des fuites a rapidement été identifiée comme étant Edward Snowden, un contractuel de l’Agence de sécurité nationale (NSA). Snowden s’était réfugié à Hong Kong et avait choisi de donner à certains représentants des médias en qui il avait confiance (en particulier Glenn Greenwald, qui travaillait pour le journal The Guardian, et la réalisatrice de films documentaires Laura Poitras) un accès complet au matériel qu’il avait acquis, leur laissant le soin d’encadrer les reportages. Snowden a également joint à un premier lot de documents de la NSA qu’il a envoyé à Greenwald, un manifeste qu’il souhaitait publier.
- Le texte se lit comme suit : « Le gouvernement américain, en conspiration avec ses États clients, au premier rang desquels les Cinq Yeux – le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande – ont infligé au monde un système de surveillance secrète et omniprésente auquel il n’y a pas de refuge. Ils protègent leur système national de la surveillance des citoyens par la classification et le mensonge, et se protègent eux-mêmes de l’indignation en cas de fuites en accordant une importance excessive aux protections limitées qu’ils choisissent d’accorder aux gouvernés… »
- C’était le début du périlleux voyage de Snowden vers la dénonciation, l’exil et une certaine forme de célébrité, ainsi que le début d’une période massive et soutenue de reportages dans les médias sur un sujet qui faisait rarement la une des journaux : la pratique du renseignement d’origine électromagnétique à l’échelle mondiale.
Wesley Wark est actuellement professeur invité à l’École supérieure d’affaires publiques et internationales (ÉSAPI) de l’Université d’Ottawa. Il est professeur émérite à la Munk School of Global Affairs de l’université de Toronto. Il est titulaire d’un doctorat de la London School of Economics et d’une maîtrise de l’université de Cambridge.