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Par Rita Abrahamsen et Barbra Chimhandamba
Une note de synthèse du CÉPI, février 2023

  • Le moment est venu de reconsidérer les relations entre le Canada et l’Afrique. L’ordre international fondé sur des règles est en mutation, menacé par la montée de puissances non libérales comme la Chine et la Russie et par la montée en puissance du nationalisme et du populisme de droite dans les démocraties établies. L’invasion de l’Ukraine par la Russie a frustré davantage la coopération multilatérale et accentué les divisions géopolitiques. Dans le même temps, l’Afrique apparaît comme un continent fort et dynamique, qui affirme de plus en plus son rôle et sa voix dans les affaires mondiales.
  • L’intention du Canada d’élaborer sa première stratégie d’engagement en Afrique fait suite à une longue période de négligence relative, au cours de laquelle d’autres pays ont accru leur engagement économique, politique et stratégique sur le continent. Pour rétablir sa présence et sa réputation, le Canada devra s’engager de manière cohérente et respectueuse afin de s’imposer comme un partenaire sérieux.
  • Par le passé, le Canada a eu tendance à aborder l’Afrique sous l’angle de l’humanitaire et du développement. Cette approche est de plus en plus dépassée. Le futur partenariat du Canada doit s’appuyer sur des domaines stratégiques de convergence et d’intérêts mutuels.
  • Une nouvelle stratégie d’engagement pour l’Afrique nécessitera un investissement important, non seulement sur le plan financier, mais aussi sur le plan de l’expertise. Compte tenu de la faible priorité accordée au continent dans la politique étrangère canadienne, en particulier au cours des dernières décennies, Affaires mondiales Canada manque de personnel ayant une connaissance approfondie et une expérience durable du continent. Pour qu’une nouvelle stratégie pour l’Afrique soit efficace, il est nécessaire de déployer des efforts soutenus pour cultiver un cadre d’experts.
  • Deux principes interdépendants devraient guider les relations du Canada avec l’UA. Le premier consiste à éviter l’escalade des rivalités géopolitiques sur le continent. L’engagement du Canada doit être pleinement conscient de l’environnement géopolitique actuel et de la position de l’Afrique dans cet environnement, y compris son sentiment d’injustices et d’inégalités historiques au sein du système international. Deuxièmement, la relation doit être fondée sur le respect mutuel. Même en cas de divergence d’opinions et d’intérêts, le Canada doit s’engager et s’efforcer de trouver des domaines de coopération mutuellement bénéfiques, sans compromettant ses valeurs.
  • L’engagement du Canada avec l’UA doit être ciblé afin de rompre avec l’héritage de l’incohérence politique. Le partenariat doit être guidé par la vision stratégique décrite dans l’Agenda 2063 de l’UA.
  • Les domaines de coopération possibles sont la paix et la sécurité, l’autonomisation des femmes et l’égalité des sexes, le commerce et le soutien à la zone de libre-échange continentale africaine, l’engagement de la diaspora africaine du Canada, et la coopération au sein des Nations unies. Le Canada devrait regarder au-delà de ses alliés occidentaux traditionnels et chercher à engager l’UA comme un partenaire sérieux dans l’effort de renforcement et d’amélioration de la coopération multilatérale.

Dr. Rita Abrahamsen est directrice du Centre d’études de politique internationale (CÉPI) et professeur à l’École supérieure d’affaires publiques et internationales (ÉSAPI) de l’Université d’Ottawa. Elle est spécialiste de la politique africaine, de la sécurité et des relations internationales.

 

Dr. Barbra Chimhandamba est un membre supérieur de l’organisation Alex Trebek, participant dans le projet Changing Orders : Façonner l’avenir et garantir les droits dans un monde en transformation. Elle a travaillé auparavant comme agent du service extérieur et possède une vaste expérience de la diplomatie bilatérale et multilatérale.