Je ne suis pas la politique canadienne d’assez près normalement pour pouvoir jouer au jeu de deviner qui seront les gagnants et les perdants du prochain remaniement ministériel, mais il arrive parfois qu’un pressentiment en vaille la gageure, comme maintenant. Je gagerais un gros dollar que John Baird passera du ministère des Affaires étrangères au
Je ne suis pas la politique canadienne d’assez près normalement pour pouvoir jouer au jeu de deviner qui seront les gagnants et les perdants du prochain remaniement ministériel, mais il arrive parfois qu’un pressentiment en vaille la gageure, comme maintenant. Je gagerais un gros dollar que John Baird passera du ministère des Affaires étrangères au ministère de la Défense nationale cet été.
Prenez-le du point de vue du premier ministre. Il a besoin d’un ministre de la défense en mesure de tempérer la tempête politique qui est en train de se former autour du ministère. Les coûts évalués du controversé F-35 Joint Strike Fighter continueront probablement de monter; une terrible nouvelle pour les Tories qui ont tenté de faire de la discipline budgétaire leur marque de commerce. De plus, comme la rapportait Lee Berthiaume de Posmedia hier, même l’extraordinaire facture de l’acquisition du F-35 est supplantée par le plan de chantier naval de 35 milliards de dollars qui prend déjà du retard. Le premier ministre Harper est trop intelligent pour ne pas voir les énormes risques politiques.
John Baird est le ministre le plus robuste de la sélection de Harper. Pourtant, le loyal consigliere du premier ministre s’affairait au ministère des Affaires à… enfin, ce à quoi il s’affairait n’est pas très clair. Son grand projet – un nouveau Bureau de liberté des religions – a été retardé, mais sera semble-t-il lancé sous peu, lui permettant du coup de se concentrer sur de plus importants défis ailleurs.
Ceci devrait suffire pour que Baird soit considéré comme meneur pour le poste de ministre de la défense, mais il y a plus : Harper semble penser qu’un conflit avec l’Iran soit possible et il sait pertinemment que la situation en Syrie est imprévisible. Si le premier ministre croit qu’il y ait une chance que les Forces canadiennes s’engagent au Moyen orient, il voudra un ministre de la défense solide en place.
Enfin, ce qui fera possiblement pencher la balance : en tant que ministre des Affaires étrangères, Baird a suivi de près la situation en Syrie et en Iran et il a été le principal interlocuteur du gouvernement avec Israel. Il aurait besoin de peu de préparation pour sauter à pieds joints dans le poste de ministre de la défense. En fait, sa nomination au ministère de la Défense nationale ferait montre de continuité dans la politique étrangère canadienne. Les critiques de la politique étrangère du gouvernement actuel ne trouveraient aucun réconfort dans cette continuité, certes, mais du point de vue du premier ministre, cela aurait du sens.
Donc, qui remplacerait Baird comme ministre des Affaires étrangères? Eh bien, il me faudrait prendre une autre gageure – et un dollar est le maximum que je suis prêt à mettre dans ce jeu.
Cet article a d’abord paru dans le blogue Roundtable du Conseil international du Canada.








