Le mois dernier se sont déroulés deux évènements d’intérêt du côté des changements climatiques. L’un est la protestation du 26 septembre à Ottawa par des activistes opposés à l’oléoduc XL de Keystone qu’on propose de construire entre l’Alberta et la Louisiane afin d’extraire le pétrole des sables bitumineux ou sables asphaltiques de l’Alberta (le choix
Le mois dernier se sont déroulés deux évènements d’intérêt du côté des changements climatiques.
L’un est la protestation du 26 septembre à Ottawa par des activistes opposés à l’oléoduc XL de Keystone qu’on propose de construire entre l’Alberta et la Louisiane afin d’extraire le pétrole des sables bitumineux ou sables asphaltiques de l’Alberta (le choix du terme indiquant votre position sur le sujet) puis de les exporter vers les États-Unis.
L’autre est la nouvelle selon laquelle les glaces estivales dans l’Arctique ont
atteint leur niveau le plus bas de tous les temps — sans doute le plus bas en 8 000 ans —, repoussant le record de 2007 au second rang. Le minimum enregistré en 2007 était perçu comme un creux anormal; il semble maintenant qu’il soit devenu « la nouvelle norme ». Le taux de changements s’est accéléré, avec des étés sans glaces dans l’Arctique dorénavant prédits vers 2040 (tandis que même dans le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat ou GIEC, diffusé en 2007, la date anticipée se situe davantage en 2080). On signale également que les plateformes de glace flottante au large de la masse terrestre canadienne subissent
également un morcellement à une vitesse sans précédent.
Dans les médias canadiens, le premier évènement a soulevé beaucoup l’attention. La plupart des rapports ont mis l’accent sur les protestations mêmes, sur le nombre de
personnes appréhendées et ainsi de suite. On a peu prêté attention aux enjeux écologiques locaux en Alberta – les problèmes de qualité de l’eau et de pollution, et la question de la violation des droits découlant des traités autochtones canadiens. Mais on a essentiellement ignoré tout lien entre l’oléoduc et les débats sur les changements climatiques.
Le deuxième évènement, pour sa part, n’a suscité aucune couverture. À l’extérieur du Canada, dans les pays où les élites politiques et médiatiques en sont venues à accepter la réalité des changements climatiques, le sujet a été traité plutôt abondamment, même dans la presse souvent sceptique à propos des changements climatiques, telle que le Daily Telegraph du R.-U. (auparavant la propriété de Conrad Black). Mais la presse canadienne l’a passé sous silence.
Se pourrait-il que ces sujets soient interreliés? Que le déni permanent de la réalité des changements climatiques parmi une bonne part de l’élite du Canada signifie qu’elle doive dépeindre les protestations contre l’oléoduc de façon particulière? Le ministre
des Ressources naturelles du Canada, Joe Oliver, a semble-t-il dit des arguments des
protestataires, « Le Canada affiche une capacité excessive et les États-Unis une demande excessive… La rhétorique exagérée de la fin de la planète n’est pas jugée valable. » Steven Harper a simplement déclaré que « [n]ous sommes le seul pays au monde qui est un fournisseur de plus en plus important en énergie et qui est un pays sûr et démocratique ».
Ce sont là des déclarations particulièrement révélatrices. Les sables bitumineux peuvent être soit une simple question d’économie – offre et demande – ou une question de « fin de la planète ». Mais il ressort nettement de ce que disent MM. Oliver et Harper
que l’augmentation de la demande américaine est simplement naturalisée, tenue pour acquise. De même, l’augmentation de la production canadienne de pétrole n’est nullement mise en doute. Bien entendu, ce que les protestataires affirment c’est précisément qu’il faut stopper et casser pareille augmentation.
Mais chemin faisant, les protestataires se retrouvent en plutôt bonne compagnie. La quasi totalité des scientifiques qui se préoccupent de l’évolution des conditions climatiques sont de leur avis. La plupart des gouvernements du monde se rallient à eux. Bon nombre d’entreprises transnationales, même certaines qui s’intéressent aux activités pétrolifères, souscrivent aux mêmes idées qu’eux. En effet, même le gouvernement canadien a officiellement affirmé qu’il souhaite réduire les émissions mondiales de 50 p. 100 d’ici 2050.
Évidemment, nous devons croire les énoncés du gouvernement à propos de ses objectifs; et sur la question des changements climatiques, les gouvernements canadiens qui se sont succédés (non seulement celui de M. Harper, mais aussi ceux de MM. Chrétien et Martin qui étaient plus ou moins aussi fautifs) ont une fiche de rendement très minable à cet égard. Mais lorsqu’ils ne peuvent même pas établir les liens entre les sables bitumineux et les trajectoires des futures émissions, cela démontre qu’ils ne sont pas sérieux. C’est peut-être la raison pour laquelle aucune élite politique ni médiatique ne souhaite reconnaître la preuve continue de la gravité et du rythme des changements climatiques.








