La réélection de la Présidente Tsai à Taïwan : Une victoire qui ne fait pas de doute

La réélection de la Présidente Tsai à Taïwan : Une victoire qui ne fait pas de doute

La ré-élection de la présidente Tsai Ying-wen le 11 janvier dernier représente une rare occasion à célébrer dans la région Indo-Pacifique, où on a vu des chefs populistes de l’Inde aux Philippines mener à une détérioration du processus démocratique. Après avoir assuré la gouverne de son pays pendant quatre ans, la Présidente Tsai compte parmi


La ré-élection de la présidente Tsai Ying-wen le 11 janvier dernier représente une rare occasion à célébrer dans la région Indo-Pacifique, où on a vu des chefs populistes de l’Inde aux Philippines mener à une détérioration du processus démocratique.


Après avoir assuré la gouverne de son pays pendant quatre ans, la Présidente Tsai compte parmi les rares dirigeantes sur la scène internationale qui ont su faire face à l’adversité sans sombrer dans la démagogie. Elle s’est aussi démarqué de sa malheureuse collègue Carrie Lam, à la tête de Hong Kong, que les autorités à Beijing n’ont cessé de soutenir malgré la grogne populaire. Hormis ceux et celles qui suivent de près les affaires de cette nation de 23 millions d’âmes, peu ont entendu parler d’elle. Cette situation découle des efforts soutenus que le Parti communiste de Chine ne manage pas pour faire taire la voix de Taïwan sur la scène internationale. A Taïwan même, le Parti n’a pas lésiné sur les moyens pour soutenir l’opposition durant la campagne électorale, dans le vain espoir d’infléchir l’opinion publique en sa faveur en ce qui concerne ses demandes irrédentistes. Le scrutin du 11 janvier a reflété un rejet cinglant des ambitions du président chinois, Xi Jinping.

Les électeur-trice-s taïwanais-e-s, une fois encore, ont démontré à la face du monde qu’ils mènent leurs propres affaires.

La présidente Tsai a reçu le soutien de 57 pour cent des suffrages exprimés, un record depuis l’élection de Lee Teng-hui en 1996, et un soutien clair à ses politiques, en dépit d’une campagne de désinformation dirigée contre elle et son parti. De concert avec la campagne présidentielle, les Taïwanais-e-s ont aussi été aux urnes pour renouveler la composition de leur législature. Les résultats de cette importante consultation ont confirmé le triomphe de la présidente : la formation qui la soutient, le Parti démocratique progressiste, a remporté la majorité des sièges. Un régime semi-présidentiel, Taïwan jouit donc d’une gouverne unifiée qui pourra légiférer des réformes essentielles à la bonne marche de son économie. Surtout, cette victoire confirme au monde que les Taïwanais rejettent l’idée d’« un pays deux systèmes » promue par Xi Jinping, qui battait déjà de l’aile depuis le début des manifestations à Hong Kong contre le projet de loi instaurant des procédures d’extradition en Chine de résidents hongkongais. Le soutien à cette option n’a cessé de décliner chez les Taïwanais depuis les dernières années, et pour les nouvelles générations qui se considèrent souvent exclusivement taïwanais, elle a perdu tout attrait.

Depuis les présidentielles de 1996 au suffrage universel, les Taïwanais-e-s ont changé de parti au pouvoir, à l’exécutif, dans la législature, et au niveau des gouvernements locaux. Les débats publics peuvent être aussi houleux et diviseurs que dans toute démocratie consolidée, et les médias n’hésitent pas à critiquer le pouvoir. Plus important encore, les perdants de ces campagnes électorales, comme au Canada, n’ont pas à craindre des représailles, d’actions en justice, ou de persécutions. Lors du discours célébrant sa victoire, la Présidente Tsai, comme il est coutume en régime démocratique, a remercié ses adversaires, et ces derniers lui ont offert leurs félicitations. Cette leçon de civilité constitue un modèle de retenue et de progrès dans la région et au-delà.


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Pourquoi les Taïwanais-e-s renonceraient à leur démocratie chèrement acquise afin de devenir une province de la République populaire de Chine? Les Taïwanais-e-s sont conscients de la répression incessante contre les juristes non-violents défendeurs des droits humains, du génocide culturel perpétré contre les Ouïgours dans les « camps de formation professionnelle », le renouveau de la persécution religieuse, et l’attitude intransigeante manifestée à l’égard de Hong Kong. Le pays a passé au travers quarante ans de répression politique jusqu’en 1987, et a clairement tourné la page.

Depuis le début de la démocratisation, la plupart des Taïwanais-e-s ont opté pour un des deux grands partis parmi un grand nombre de formations politiques. A chaque occasion, les perdants ont joué leur rôle d’opposition loyale. Même si, à l’occasion, certain-e-s des dirigeant-e-s politiques n’ont pas toujours été de bonne foi, la compétition entre les deux grands partis n’a jamais dégénéré en jeu à somme nulle où les perdants craindraient d’êtres persécutés. La culture des purges, d’arrestation des opposants politiques et des journalistes critiques, est devenue étrangère à Taïwan depuis au moins trois décennies.  En d’autres termes, la population taïwanaise a renouvelé la démonstration de sa souveraineté politique et la mise en œuvre de son auto-détermination dans le cadre d’un régime d’état de droit.

Depuis le début de la démocratisation, la plupart des Taïwanais-e-s ont opté pour un des deux grands partis parmi un grand nombre de formations politiques.

En tant que société avec son propre gouvernement, où les citoyen-ne-s expriment leurs vues et leurs désaccords pacifiquement, Taïwan devrait être inclue au sein du groupe restreint des démocraties libérales et progressistes. Et pourtant, ces dernières ont évité de reconnaitre cette existence, de crainte de ne pas offenser la Chine. Cette politique a ses origines dans la diplomatie de la Guerre Froide, lorsque les puissances occidentales voyaient en la Chine un contrepoids à l’Union soviétique, et Taïwan un régime autoritaire voué à disparaitre. Le monde a changé depuis : c’est un fait pour la Chine et pour Taïwan. La première n’est plus un pays pauvre du « tiers monde », mais une puissance mondiale. Le second est une démocratie qui compte autant de citoyen-ne-s que l’Australie, représente le cinquième partenaire commercial d’importance en Asie pour le Canada, et le seul pays d’Asie ou le mariage des conjoint-e-s de même sexe est reconnu légalement. Au moment où le Canada évalue ses options dans la région, l’occasion se présente pour exprimer sa solidarité envers un des rares gouvernements à partager nos valeurs dans cette importante région du monde.

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