Monsieur Démocratie quitte la scène; Lee Teng-hui, 1923-2020

Monsieur Démocratie quitte la scène; Lee Teng-hui, 1923-2020

Les taïwanais pleurent leur ancien président Lee Teng-hui, décédé à l’âge de 97 ans ce 30 juillet. Surnommé « Monsieur démocratie » par ses concitoyens, il compte parmi ces rarissimes politiciens, avec Mikhail Gorbatchev, qui ont été formés dans un système autoritaire et ont entrepris de le miner de l’intérieur, animé par leurs convictions démocratiques. A la différence de


Les taïwanais pleurent leur ancien président Lee Teng-hui, décédé à l’âge de 97 ans ce 30 juillet. Surnommé « Monsieur démocratie » par ses concitoyens, il compte parmi ces rarissimes politiciens, avec Mikhail Gorbatchev, qui ont été formés dans un système autoritaire et ont entrepris de le miner de l’intérieur, animé par leurs convictions démocratiques.


A la différence de son homologue soviétique, le Président Lee a réussi son pari et Taïwan est devenue l’une des démocraties les plus consolidées de l’Asie, si ce n’est de la planète, au moment où tant de pays font face à la hausse des populismes. Mieux encore, Lee a aussi vu l’économie taiwanaise continuer de prospérer alors qu’il présidait à la sortie de la dictature. Surtout, Lee a été largement crédité pour valoriser l’identité nationale taiwanaise, et haï par ses ennemis pour cette même raison.

Nommé vice-Président par le Président Chiang Ching-kuo, lequel avait succédé à son père, le généralissime Chiang Kai-shek en 1978, Lee assume la présidence en 1988 après le décès soudain de Chiang. Après s’être assuré de contrôler tous les leviers du pouvoir, Lee prend une série de décisions historiques qui désarment ses opposants au sein du parti : en réponse à la contestation du mouvement étudiant des « Lys sauvages » en faveur de réformes démocratiques en 1990, et au contraire des dirigeants à Pékin en 1989, il convoque une série de conférences constitutionnelles qui démantèlent graduellement les institutions du régime autoritaire, lequel maintenait l’intenable fiction selon laquelle les institutions taïwanaises représentaient un milliard de chinois. Les réformes constitutionnelles stipulent que le président sera choisi au suffrage universel : Lee l’emporte haut la main contre ses trois adversaires aux présidentielles de 1996, les électeurs allant aux urnes massivement malgré les tentatives d’intimidation chinoise, qui incluent des tirs de missiles près de Taïwan.

Nommé vice-Président par le Président Chiang Ching-kuo, lequel avait succédé à son père, le généralissime Chiang Kai-shek en 1978, Lee assume la présidence en 1988 après le décès soudain de Chiang.

Lors de la présidentielle de 2000, Lee est blamé pour la défaite du candidat Lien Chan pour le Parti nationaliste de Chine (Kuomintang, ou KMT) en faveur de Chen Shui-bian, pour le Parti démocratique progressiste. Après son expulsion du KMT l’année suivante, Lee encourage la formation d’une nouvelle formation politique, l’Union pour la solidarité taïwanaise. L’affirmation nationale de Taïwan demeure la deuxième contribution historique de Lee. Lors de sa présidence, il avait déjà reconnu le bien-fondé du mouvement souverainiste par des gestes symboliques forts, tel qu’un discours plein de contrition pour le massacre des élites taïwanaises par des soldats du KMT le 28 février 1947, faisant de cette date un jour férié. Il n’a cessé de faire la promotion d’un nationalisme civique basé sur la citoyenneté et non sur l’appartenance ethnique, désamorçant du même coup la crainte que la population majoritaire se retournerait contre la minorité venue de Chine après 1949, lorsque la chance lui en a donné par la voie des urnes.


Conseiller: Se tenir ferme face au chantage


La contribution de Lee s’étend au-delà des rivages de Taïwan. Pour ceux des Chinois qui ont une mémoire historique – chose difficile quand on songe que la tuerie contre les étudiants rassemblés sur la Place Tian’anmen a été gommée des livres d’histoire comme si elle n’avait jamais existé – le slogan d’en appeler à « Monsieur démocratie » et « Madame science » pour sauver la Chine représentait l’idéal d’un mouvement républicain et démocratique qui n’a jamais réussi à s’incruster entre 1911 et 1949. En 1949, le Parti communiste de Chine sous Mao a rejeté le constitutionalisme comme une « démocratie bourgeoise » alors que Chiang Kai-shek l’a étouffé à Taiwan en proclamant la loi martiale, qui n’a été levée qu’en 1987. La réussite de la transition démocratique à Taiwan soutenue par Lee a démontré aux chinois de la République populaire de Chine que la culture chinoise n’est pas nécessairement incompatible avec la démocratie.

Lee Teng-hui a facilité la transition démocratique et a guidé Taïwan sur la voie de l’auto-détermination. Dès qu’il quitte le pouvoir – ses réformes limitent la présidence à deux mandats – Lee a critiqué sans relâche le KMT, voyant en lui une force d’occupation étrangère lorsque son armée prend contrôle de Taiwan en 1945. En promouvant une politique d’ouverture prudente envers la Chine qui exigeait de cette dernière qu’elle respecte Taïwan comme son égale, il valorisait l’indépendance de facto de Taïwan. Devant l’intransigeance du Parti communiste de Chine qui le vouait aux gémonies, Lee a cessé de proposer l’idée que l’unification entre la Chine continentale et Taiwan serait possible si la première était un régime démocratique d’État de droit et s’est consacré à promouvoir l’auto-détermination de Taïwan en encourageant résolument et avec constance sa consolidation démocratique.


Conseiller: Que faire des amis autoritaires du Canada ?

Articles liés


Le blogue du CÉPI est écrit par des spécialistes en la matière.

Les blogs CIPS sont protégés par la licence Creative Commons: Attribution – Pas de Modification 4.0 International (CC BY-ND 4.0).


New conference: The Arctic Region in 2020

December 10th from 1:00pm-4:00pm, @OPSArctique will present the second annual review of Arctic developments, in partnership with @NAADSN_RDSNAA & @uOttawaCIPS.

Join us: https://bit.ly/3fxQGzY

A big thank you to all those who participated in our #Ottawa premiere of Astra Taylor’s #WhatIsDemocracy? The entire film and panel discussion will be available on the CIPS youtube channel in a few days: http://bit.ly/33iu80Y

Load More...