Pour une politique étrangère féministe cohérente

Pour une politique étrangère féministe cohérente

La politique d’aide internationale féministe (PAIF) du Canada, initiée en 2017, vise à promouvoir l’égalité des genres, le renforcement du pouvoir des femmes à l’étranger et le rôle de celles-ci dans les initiatives en matière de paix et sécurité. Avec la dignité humaine au cœur de ses priorités, le Canada se dit engagé à vouloir défendre leurs


La politique d’aide internationale féministe (PAIF) du Canada, initiée en 2017, vise à promouvoir l’égalité des genres, le renforcement du pouvoir des femmes à l’étranger et le rôle de celles-ci dans les initiatives en matière de paix et sécurité. Avec la dignité humaine au cœur de ses priorités, le Canada se dit engagé à vouloir défendre leurs droits, ainsi qu’à réduire la pauvreté et les inégalités dans les pays en développement. Pourtant, on y observe une incohérence fondamentale : la vente et l’exportation d’armes en Israël. 


Les dernières données gouvernementales montrent qu’en 2019, le Canada a envoyé près de 14 millions de dollars en biens et technologies militaires en Israël, ce qui entre en contradiction directe avec le Traité sur le commerce des armes (TCA) qui interdit le transfert d’armes aux pays les utilisant pour commettre des crimes de guerre. En plus de ces exportations, le Canada fait aussi affaire avec des compagnies israéliennes. Effectivement, le gouvernement Trudeau a récemment signé un contrat de 36 millions avec Elbit Systems, la plus grande entreprise d’armes israélienne fournissant près de 85% des drones utilisés par l’armée en Cisjordanie et à Gaza.

Un rapport de Human Rights Watch datant du 27 avril 2021 identifie le régime israélien et la persécution systématique des Palestiniens comme un système d’apartheid et un crime contre l’humanité. Depuis le début mai, les frappes aériennes israéliennes ont tué des centaines de civils Palestiniens, incluant des dizaines d’enfants, et blessé des milliers. 

 

Ce portrait troublant suggère en fait que la politique étrangère du Canada est tout sauf… féministe. Bien qu’Israël ne soit pas un pays visé par la PAIF, l’échec du Canada à fermement condamner la récente escalade de violences en territoires occupés est profondément incompatible avec les engagements féministes de celui-ci. En effet, la PAIF stipule que le Canada « vise à bâtir un monde plus pacifique, plus inclusif et plus prospère ». Vendre des armes et offrir un support aveugle vis-à-vis Israël entre non seulement en contradiction avec ses engagements, mais rend le Canada complice dans le cycle d’impunité des actes répréhensibles commis par l’État sioniste.

La vente d’armes et le féminisme, compatible?  

Ce n’est pourtant pas la première fois que le gouvernement canadien est critiqué à ce sujet, puisque le Canada a aussi fait l’objet de nombreuses accusations quant à ses liens commerciaux douteux, notamment avec l’Arabie Saoudite. Si le Canada veut être cohérent et concrétiser les promesses du livre blanc, il doit non seulement explicitement tenir Israël responsable en vertu du droit international, mais également mettre un terme immédiat aux exportations et ventes d’armes à ce pays.

Si cette incohérence est sans doute due au langage aseptisé et vague de la PAIF, le Canada doit faire l’effort de mettre en pratique ses principes féministes. Pour se faire, il doit entre autres assurer son rôle de leadership en cessant de contribuer financièrement à des régimes qui ne respectent pas le droit international en matière de droits humains. Pour que sa politique étrangère soit qualifiée de féministe, le Canada doit donc véritablement repenser la notion de sécurité et prioriser le désarmement comme impératif humanitaire.

Si le positionnement du Canada sur la question israélo-palestinienne semble partagé à première vue, en réalité, il est tout sauf neutre.

Une politique étrangère « féministe » pour qui?  

Alors que la PAIF a créé beaucoup d’engouement dans les dernières années chez certains, d’autres sont plutôt sceptiques quant à la portée concrète d’une telle initiative. Tandis qu’elle est censée concerner les femmes et les filles les plus vulnérables dans les pays en développement, la PAIF semble plutôt être une affaire de rhétorique, cohérente avec l’image populaire du Canada comme leader pacifiste sur la scène internationale. Cette idée tenace du Canada comme nation féministe persiste, comme le témoigne l’enthousiasme autour du récent budget fédéral, aussi qualifié de « féministe », déposé par la ministre Chrystia Freeland. 

Si le positionnement du Canada sur la question israélo-palestinienne semble partagé à première vue, en réalité, il est tout sauf neutre. En adoptant un discours apolitique cautionnant les actions « des deux côtés » et en refusant de sanctionner les nombreuses violations du droit international que commet l’État d’Israël envers les Palestiniens –  incluant le bombardement de lieux de culte, d’hôpitaux, d’écoles, de bureaux de presse, ainsi que la destruction de quartiers résidentiels et la colonisation illégale de terres – le Canada se range du côté de l’État qui se vend comme la seule démocratie au Moyen-Orient plutôt que celui du peuple opprimé.

Une politique étrangère féministe a sans aucun doute de multiples bénéfices. Mais au-delà des intérêts économiques, stratégiques et militaires, une politique étrangère dite « féministe » doit s’éloigner de la sécurité centrée sur les États pour prioriser une sécurité humaine, sans quoi tous ces beaux mots ne resteront que sur papier.


Articles liés


Le blogue du CÉPI est écrit par des spécialistes en la matière.

Les blogs CIPS sont protégés par la licence Creative Commons: Attribution – Pas de Modification 4.0 International (CC BY-ND 4.0).


Load More...