Le centenaire du Parti communiste de Chine : qu’y a-t-il à célébrer ?

Le centenaire du Parti communiste de Chine : qu’y a-t-il à célébrer ?

Les dirigeants du Parti communiste de Chine (PCC) ont de nombreuses raisons de célébrer le centenaire de l’organisation sous la direction de laquelle la Chine est devenue la plus grande économie du monde (mesurée en termes de PIB calculé à parité de pouvoir d’achat). Selon le secrétaire général du PCC, sous sa direction la Chine a également éliminé


Les dirigeants du Parti communiste de Chine (PCC) ont de nombreuses raisons de célébrer le centenaire de l’organisation sous la direction de laquelle la Chine est devenue la plus grande économie du monde (mesurée en termes de PIB calculé à parité de pouvoir d’achat).


Selon le secrétaire général du PCC, sous sa direction la Chine a également éliminé le fléau de la pauvreté, envoie des taïkonautes vers une nouvelle station orbitale chinoise, et prévoir d’envoyer des personnes vers Mars d’ici 12 ans. Pendant ce temps, il a obtenu un succès remarquable dans la lutte contre la pandémie mondiale de COVID-19 tout en assurant une croissance économique soutenue. Il serait impoli de mentionner, bien sûr, que la culture du secret si importante pour le PCC depuis sa fondation est en partie responsable de la propagation mondiale de la contagion, car son leadership, au cours des premières semaines de l’épidémie, a minimisé la gravité de la maladie. 

La Chine a énormément changé depuis 1949, lorsque le PCC a pris le pouvoir. À ce moment-là, le pays était ravagé par la pauvreté, l’héritage laissé par la brutale invasion japonaise et une dernière ronde de la guerre civile contre le Parti nationaliste. Ce dernier a transféré son gouvernement à Taïwan et, après 38 ans de loi martiale, s’est progressivement transformé en un parti politique qui a appris à gagner le pouvoir par des élections honnêtes et compétitives. Lors de sa commémoration, le PCC a été assez lâche avec les faits en ce qui concerne les trois décennies qui ont suivi sa victoire. L’une des famines les plus meurtrières du siècle a résulté des politiques erronées de Mao Zedong qui, loin de reconnaître ses erreurs, a lancé la Révolution Culturelle contre le PCC pour punir ceux qui avaient osé le critiquer, déclenchant ainsi une période chaotique qui a ruiné le pays. Avec ces événements, le PCC a tué plus de Chinois entre 1949 et 1978 que n’importe quelle puissance étrangère à l’ère moderne.

Le PCC ne peut pas continuer sur cette voie. Son attitude agressive à l’égard de ses voisins a aliéné les opinions publiques à travers le monde et les a ramenées à ses plus bas niveaux depuis longtemps.

Lorsque le PCC sous Deng Xiaoping a changé de cap et a mis un terme aux pires politiques de Mao après 1978 avec sa politique des quatre modernisations, il a semblé s’engager vers la voie d’un socialisme démocratique, alors que les étudiants, les travailleurs, les intellectuels et d’autres réclamaient la cinquième modernisation de la démocratie. Le monde a regardé avec horreur cette promesse de changement brutalement réprimée sur la place Tian’anmen le 4 juin 1989. Peu de temps après, les démocraties libérales ont décidé de tourner la page, convaincues que la Chine allait changer de cap et devenir un acteur responsable sur le la scène mondiale. Jusqu’à récemment, les détracteurs de cette politique ont accusé les politiciens libéraux de faire preuve de naïveté. Ces critiques passent à côté de l’essentiel : les entreprises multinationales qui ne se jamais beaucoup soucié des droits des travailleurs dans les pays industrialisés étaient très disposées à sous-traiter leur production dans un pays où la plus grande main-d’œuvre de la planète ne peut pas compter sur le soutien de syndicats indépendants, et où ceux qui dénoncent cette situation sont sévèrement punis.

En facilitant l’admission de la Chine dans les institutions de la gouvernance mondiale, la communauté internationale a contribué au renforcement d’un pays qui n’avait jamais renoncé à son obsession revancharde contre les pays que le PCC juge responsables du « siècle d’ humiliation » qu’il a connu. Le PCC a imposé ce mythe autoglorificateur dans des campagnes d’éducation patriotique répétées même lorsque la communauté internationale cherchait à réparer et expier cet héritage en soutenant le régime, un processus culminant avec l’adhésion de la RPC à l’OMC. Nous nous retrouvons dans une situation intenable où les économies industrialisées avancées qui recherchaient une plus grande intégration de la Chine dans l’économie mondiale se rendent compte qu’elles ont été trop longtemps disposées à détourner le regard lorsque la promesse d’une démocratisation libérale et du respect des droits de la personne ne se sont pas matérialisés.


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Au nom de la gouverne mondiale et de la macro-stabilité, les institutions de l’Organisation des Nations Unies ont laissé la Chine gagner en influence. Le recours à la sous-traitance de la production des grandes entreprises vers la Chine a accentué la désindustrialisation à travers le monde occidental, une décision aux conséquences néfastes révélées soudainement lors de l’épidémie de COVID-19 par la pénurie de fournitures médicales essentiellesfabriquées en Chine. Nous payons cette insouciance par des calamités économiques et la montée en puissance de politiciens populistes qui proposent des solutions hâtives à des problèmes compliqués. Ce déplacement des plaques tectoniques en faveur de la Chine s’accompagne par ailleurs de certaines prises de conscience désagréables.

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Loin d’assumer une coresponsabilité dans la gouvernance mondiale, le PCC a affirmé avec un alacrité croissante ses prétentions à contrôler de vastes étendues de la mer de Chine méridionale, tout en contestant ses frontières avec l’Inde et le Japon, en plus de menacer Taïwan en envahissant de plus en plus fréquemment son espace aérien. Pire encore, sa « diplomatie des loups guerriers » intimide désormais des puissances moyennes amies telles que l’Australieet le Canada, que ce soit par le chantage économique ou l’enlèvement de citoyens de ces pays sous de fausses accusations. Cette politique ne devrait pas nous surprendre. Le PCC n’a jamais cessé de nourrir le fantasme égocentrique selon lequel l' »Occident » a toujours voulu empêcher la montée en puissance de la Chine. Ces dernières années, cette préoccupation s’est transformée en une prophétie auto-réalisatrice. 

Le PCC ne peut pas continuer sur cette voie. Son attitude agressive à l’égard de ses voisins a aliéné les opinions publiques à travers le monde et les a ramenées à ses plus bas niveaux depuis longtemps. Plus important peut-être, le PCC est confronté à un nombre croissant de défis internes. Ces risques sont encore plus importants que ceux qui proviennent de l’extérieur. Pour commencer, les défis démographiques causés par le vieillissement de la populationrisquent d’affecter les chaînes d’approvisionnement mondiales ; la sur-masculinité menace la stabilité sociale, avec 30 millions d’hommes ayant peu de chances de trouver une épouse ; et la détérioration de l’environnement compromet le développement futur du pays.On ne peut qu’espérer que le parti se réforme de l’intérieur. C’est le scénario le plus positif envisageable actuellement, en l’absence de toute opposition politique crédible. Des signes de désaccord et de mécontentement au sein des échelons supérieurs du PCC sont apparus. La professeure Cai Xia, critique virulente du régime depuis son exil aux États-Unis en 2020, a déploré l’incapacité des dirigeants occidentaux à voir que leur politique d’engagement a ancré un leadership intrinsèquement hostile à la démocratie libérale. Elle sait de quoi elle parle : elle a enseigné pendant près de 40 ans à l’École centrale du Parti, la plus haute institution chinoise qui forme les futurs dirigeants du pays. Il faut espérer que le parti écoutera les voix dissidentes et s’orientera vers une plus grande ouverture politique, comme il sied à un pays de cette taille, au riche héritage culturel et à l’énorme promesse.


la version originale en anglais de ce blogue parait aussi à Australia Outlook



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